L’appel de la forêt et le ski sauvage

A l’heure où les couloirs hier délaissés deviennent des champs de bosses, où des hordes de citadins cherchent l’évasion en montagne… j’ai un peu tendance à fuir les pentes que je chérissais. Je préfère souvent un coin de bois tranquille et oublié à une vaste combe dessinée pour le ski. Ah l’appel de la forêt… sans doute est-ce une réminiscence de mon enfance, quand je dévorai les livres de Curwood, de Jack London ou encore de Jean-Louis Foncine.

Faire sa trace est devenu un luxe rare… et pourtant… Cette trace qui me relie de manière quasi-tellurique avec le terrain et que j’ai choisi le telemark uniquement pour me jeter dans les bras de la neige nourricière.

Ce que j’aime, c’est le calme, l’impression d’être loin du monde et jouir du luxe de la trace que l’on dessine, de la joie de l’itinéraire que l’on défriche.
J’aime ressentir le souffle de l’aventure qui nous guette (souvent au coin de la rue).

Comme le rebelle d’Ernst Jünger, j’aime avoir recours aux forêts pour me libérer de « l’oppression » de notre époque, respirer dans le calme de l’hiver quand la neige absorbe les sons et allonge les distances.
Heureusement, je suis bien différent du « Waldgänger », ce proscrit islandais du Haut-Moyen-Age qui pouvait être abattu par tout homme qui le croisait et qui de ce fait, se cachait au plus profond des bois.

L’être humain est pétri de paradoxes. J’adore l’isolement, mais surtout partager cet isolement, ces « bon coins » (un peu comme les camps secrets de mon enfance dont je filais les plans à mes copains de jeux…).
Si pour moi, une randonnée réussie est celle où l’on fait sa trace tout en la partageant avec quelques amis, j’ai toujours écrit pour décrire de belles escapades.
Au diable la technique, la maîtrise, la virtuosité, ou jouer à l’équilibriste dans de fortes pentes… aujourd’hui on achève bien les difficultés. Le matériel et l’entraînement repoussent sans cesse les limites et rendent le jeu toujours plus risqué.

Mon jeu est ailleurs, même si je ne renie nullement mon amour des belles pentes, mon amitié et ma grande sympathie pour ceux qui ont le courage de les parcourir.
Je préfère l’isolement du bivouac dans les bois, me jouer des troncs en skiant quitte à devoir parfois foncer dans les « vernes » ou les « arcosses », ces maudits taillis qui poussent comme du chiendent dans nos bois préalpins.

Il ne me reste peut-être plus qu’à trouver un refuge au milieu des bois et des alpages, y fumer mes jambons et saucissons en été et venir les dévorer en hiver au coin du feu en racontant des histoires à mes enfants… mais j’ai encore quelques belles courbes à tailler dans la poudreuse, qui dans les bois reste légère plus longtemps.

Je comprends mieux maintenant ceux qui sont partis chercher l’isolement dans des contrées plus lointaines. L’eldorado du randonneur est peut-être quelque part dans les montagnes bulgares, polonaises… qui ne sont pas si éloignées.

Dieu que je suis heureux quand j’arrive encore à trouver le calme et le savoureux goût de l’aventure non-loin de ma porte.

Et cette aventure juste derrière la maison, je crois bien l’avoir retrouvée. Installé depuis plusieurs années dans le Jura, j’y ai découvert quelques combes secrètes et forêts sauvages, mais aussi des conditions météorologiques dignes du Grand Nord quand la bise souffle.

Un chalet perdu au milieu des bois.

J’ai adapté mon matériel au terrain parcouru. Je suis passé au ski de randonnée nordique, des skis avec des écailles pour la retenue, des fixations de telemark qui permettent de garder le talon libre et des chaussures de telemark basses et souples pour marcher, mais suffisamment rigides pour descendre; bref, ce que nos amis américains appellent le XCD (Cross Country Downhill).

Le plus sympathique est que l’on trouve une multitude de cabanes savoureuses au fond des bois. Juste un toit, quelques rondins, un poêle à bois et parfois une table. L’idéal pour imaginer des sorties au long cours, souvent transfrontalières – nous partageons ces montagnes avec nos amis suisses – sac au dos ou pulka au brancard.

Il faudra parfois éviter de déranger quelques habitants des lieux, comme le tétra, en restant dans les combes et clairières et en ne pénétrant pas au plus profond des forêts.

Glisser silencieusement sans déranger le souffle du vent ni faire fuir de discrets voisins est un réel plaisir. Ici quiétude rime avec plénitude !

Peut-être ai-je trouvé là mon ski sauvage.

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