Les skis de fond de randonnée ou fjellskis

Dans la grande famille des skis utilisés en SRN, les skis de fond de randonnée sont les plus fins, les plus longs, les plus « traditionnels » et surtout les plus nordiques dans leur conception.

Le double cambre favorise la marche et handicape en descente.

Les skis de fond de randonnée sont caractérisés par la présence d’un double-cambre nordique sous le pied qui favorise la marche et la vitesse de déplacement en pas alternatif, leur finesse leur permet de filer pour avaler des kilomètres et de pouvoir rentrer dans les rails d’une piste de ski de fond damée si nécessaire.

Nos amis norvégiens les utilisent encore beaucoup sur leurs plateaux d’altitude et appellent ces skis « fjellskis ».

La présence de carres sur toute la longueur du ski, une répartition du flex conçue pour s’évader hors des pistes leur ouvrent les portes des grands itinéraires sauvages.
Ils sont redoutablement efficaces sur des zones plates et faiblement vallonnées ainsi que sur des neiges dures ou dans de courtes montées où leur rebond et leur agilité apportent une aide précieuse.
Leur étroitesse et leur faible surface portante les rends moins agiles dans des neiges profondes, lourdes ou denses.

Des skis légers, robustes, rustiques taillés pour les longues sorties ou les grandes traversées comme la Haute Route du Jura.

Par contre, ils ont les défauts de leurs qualités : leur double-cambre les rend assez délicats à manier en descente, sauf dans certaines conditions très favorables où leur très grand rayon de courbure – quasiment 60 mètres – les cantonnent plutôt aux grands espaces.
Dans des chemins délicats à négocier, il faudra souvent déchausser.
Ce ne sont vraiment pas les couteaux suisses du SRN, mais leur efficacité en propulsion et leur légèreté plaident en faveur de leur utilisation par les amateurs d’un ski traditionnel, comme dans les années soixante-dix, une sorte de voyage dans le temps à l’époque des cheveux longs et des bonnets péruviens.

Une paire de Madshus MGV 55, un exemple de skis de fond de randonnée qui expriment fort bien leurs qualités sur les terrains nordiques du secteur de Longchaumois dans le Haut-Jura.

Si j’ai eu l’occasion de pratiquer le ski de fond, à l’époque des fixations à 3 pointes, des peluches de retenue incrustée dans les semelles et des chaussures Trak en caoutchouc… j’avoue avoir toujours été attiré par les descentes au point de faire le fou dans les bois en descendant avec ces skis antédiluviens. En virage sauté, les chaussures sortaient des fixations, rien à voir avec les normes 75 ou NNNBC (New Nordic Norm BackCountry) utilisées aujourd’hui.
Une longue pratique du ski alpin avant l’ère des skis faciles à tourner, de la randonnée alpine, de la pente raide et du telemark m’aide à apprécier les performances d’un ski en descente.
Je préfère les skis modernes (plus larges et plus joueurs) en randonnée nordique, mais j’ai pris beaucoup de plaisir, ces deux derniers hivers, à jouer très souvent sur une paire de Madshus MGV55, aussi fins que des baguettes chinoises.

En bonne neige régulière, on arrive à signer de belles traces avec ces skis même si cela réclame un peu de finesse de pilotage et de métier.

Un Cross-Country-Downhill « revival ».

Dans les années 1970, des skieurs américains sont parti découvrir les espaces sauvages avec des skis nordiques aux pieds et ont remis au goût du jour de vieilles techniques comme celle du virage telemark rendues possible par le fait d’avoir le talon libéré.
Ils marchaient, montaient et descendaient aussi avec leurs skis fins et leurs chaussures basses et souples.

Skieur des années soixante-dix exécutant un virage telemark grand rayon. Photo extraite du livre de Steve Barnett « Cross Country Downhill ».

Leur quête : parcourir tous les terrains avec une seule paire de skis!

Pour s’en convaincre, voici un extrait de la préface du livre de Steve Barnett :

« Le rêve du skieur amateur de grands espaces sauvages est de parcourir un vaste terrain aussi promptement et rapidement qu’un skieur nordique tout en ayant la capacité de descendre avec autant d’aisance qu’un skieur alpin. Il souhaite remonter à ski les longues et larges vallées ouvertes par les rivières, parcourir les terrains escarpés ou d’immenses glaciers, descendre dans la profonde poudreuse des belles pentes en forêt ou skier sur d’interminables routes avant d’accéder à de vastes combes. »

Et pour Barnett, la solution était sans aucune hésitation d’utiliser ces skis nordiques avec des carres sur tous les terrains y compris les plus alpins.

50 ans plus tard, en 2020, la technique « hippie » de Steve Barnett reste d’actualité avec ces skis de fond de randonnée qui refusent de se laisser conduire comme nos outils modernes… mais malgré tout, au milieu de la poudreuse et des gentianes jurassiennes cela fonctionne.

Quand Steve Barnett explique comment descendre avec des skis de fond de randonnée

Cinq décennies après la parution de son ouvrage très lu outre-atlantique, Steve Barnett surnommé « The telemark prophet », continue de privilégier l’aspect randonnée au long cours et le même matériel fin et léger. Il prône l’acquisition d’une bonne technique plutôt que l’achat d’un matériel qui fait le travail à la place du skieur.

En grand défenseur des skis de fond de randonnée, il a posté sur le site français skirandonneenordique.com le commentaire suivant pour partager son avis sur les Madshus Glittertind MGV (skis de fond de randonnée très populaires dans les pays nordiques) :

« Le Glitterting est un ski particulièrement à l’aise dans les conditions de neige variées et difficiles. Évidemment, cela n’est pas dû à ses étroites mensurations, mais plutôt à sa répartition de souplesse qui lui permet de répondre aux appuis du skieur en pliant en douceur et uniformément.
Skier dans toutes les conditions de neige douce est possible avec un virage telemark initié droit dans la ligne de pente en chargeant complètement le ski avant qui est orienté dans cette même ligne de pente puis terminer le virage en sortant de la ligne de pente en position telemark.
De la croutée cassante, de la profonde, de la soupe ou de la neige dure sont toutes skiables avec cette technique de base.
Sur les neiges très dures, utilisez la technique du virage parallèle. La prise de carre est suffisante avec une bonne chaussure (comme les Salomon Xadv8) pour que vous puissiez tourner surement et facilement.
L’utilisation d’un ski légèrement plus court permet d’engager plus facilement le virage dans la ligne de pente. Pour mes 85 kilos, j’utilise des 190 cm.
L’agilité du ski compense très bien son manque de largeur et sa ligne de cotes plutôt droite. »

Suzanne Morse en telemark sur des Rossignol Randonnées à double cambre sur les pistes d’Arapaho Basin dans le Colorado en 1981 et avec des chaussures en cuir(collection Suzanne Morse).

L’avis des plus jeunes

Après les propos quasi dithyrambiques de Steve Barnett, il serait intéressant de connaître l’avis de la jeune génération sur ces vieux skis de « boomers ».

Une sorte de lutin monté sur ressorts, excellent skieur, moniteur de ski nordique, passionné de ski et d’aventure, d’histoire, de raids dans les pays nordiques, mais aussi de liberté et de franc-parler vit dans les montagnes du Haut-Doubs. Il a passé les dix derniers hivers à se battre bec et ongles pour faire découvrir et partager les joies du ski de randonnée nordique avec du matériel moderne qui n’a pas grand-chose à voir avec les antiques skis de fond de randonnée. Voici l’avis malicieux de Stéphane Sanchez alias Sancho :

« Il est vrai que Steve Barnett fait de très belles choses avec du matos ultra-light.
Mais, si j’ai un conseil à donner à tous ceux que Steve Barnett fait rêver:
À mon avis la méthode la plus rapide pour rejoindre les prouesses de Barnett avec du matos léger consiste à commencer sur des Annum, pour venir sur des Epoch, puis des Eon, et quand on se débrouille comme un as avec des SRN fins, on peut se dire, que peut-être cela vaut le coup de tenter le coup sur des skis de fond avec des godasses basses de classique. »

En bref, skier sur ces outils très classiques est réservé à des skieurs habiles, entraînés et fins techniciens… à moins de ne jamais descendre et de rester sur le plat.

Des skis adaptés aux grands espaces… comme les vastes combes non loin des Grands Plats de Vent dans le Parc Jurassien Vaudois au-dessus de Bois-d’Amont.

Quel type de randonneur va apprécier ce type de skis ?

Pour choisir cet équipement traditionnel plutôt que des skis plus modernes, il faut avoir de bonnes raisons. En voici quelques-unes :

  • Avoir besoin d’un ski qui rentre dans les rails d’une piste de fond classique. Cela peut être le cas d’un skieur en partance pour la Haute-Route du Jura ou bien pour une traversée aseptisée et jalonnée comme la Grande Traversée du Jura en ski de randonnée nordique de Mouthe à Giron.
  • Prioriser la vitesse de déplacement sur le plat et le fait d’avaler de grandes distances, en utilisant les techniques du ski de fond classique… comme nos amis norvégiens restés fidèles à leurs fjellskis souvent sans écailles pour favoriser la glisse.
  • Être un skieur plutôt conservateur, habitué à son vieux matériel et sachant s’en servir… comme Steve Barnett.
  • Avoir envie de replonger à l’époque du telemark revival et tester les subtiles techniques de descente de l’époque, ce qui m’a motivé quand j’ai monté mes Riva 1 norme 75 sur les Madshus MGV55 pour les skier avec des Crispi Svartisen. Cette solution m’a permis de pouvoir manœuvrer ces outils d’un autre âge, de les apprécier, de m’amuser en me compliquant un peu la vie, d’apprécier leur légèreté, leur solidité et leur sévérité, car la moindre erreur est immédiatement sanctionnée par un beau planté de groin dans la neige.

Deux vidéos norvégiennes pour apprendre à manier ces skis :

Je partagerai prochainement mes impressions sur les Madshus MGV55 et le montage utilisé, mais j’ai encore besoin de finaliser quelques apprentissages techniques en descente.

Remerciements : Suzanne Morse pour la publication de sa sympathique photo d’époque, Loïc Vandel pour l’aide au montage des fixations et m’avoir vendu ces skis issus de son parc de location, Stéphane Sanchez alias Sancho pour nos échanges passionnés, Régis Cahn pour son site où s’expriment des skieurs expérimentés comme Steve Barnett et enfin Marc Battendier qui m’a inoculé le virus du telemark.

2 réponses sur “Les skis de fond de randonnée ou fjellskis”

  1. Bonjour, je fais du SRN avec Patrick Getet, Corinne Rouard, Éric Rondo…
    C’est aussi des conseils pour progresser en télémark avec des ski plus récents type madschuss époque qui me seraient utiles….

    1. Un peu de patience Bertrand, cela va venir… les Epoch et les Annum sont bien plus faciles à manier et surtout très ludiques!
      Dans un premier temps, j’ai voulu rendre hommage aux « anciens ».

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