Telemark léger : le retour !

la légèreté et la simplicité du matériel sont inscrites dans l'ADN du telemark... ces 2 qualités font de la résistance! On parle aujourd'hui de telemark léger !

Le matériel dédié au telemark s'est considérablement alourdi ces dernières années. On est passé des chaussures basses en cuir et des skis étroits à des planches très larges et à des chaussures et fixations aussi rigides que lourdes. Parallèlement, le marché du telemark s'essouffle... l'engouement des années 2000 est retombé. Peut-être à cause de cette ultra-spécialisation de l'équipement. Un vent de renouveau semble venir de la randonnée nordique et confirmé par une tendance visible au dernier Outdoor Retailer Winter trade show aux Etats-Unis (lire à ce sujet l'article de Craig Dostie sur son blog : OR Winter 2011 – renewed interest in Tele Lite).
Ski de randonnée nordique aux Glières
Avec des skis de telemark courts et légers et des chaussures pas trop hautes, la marche redevient un plaisir. Cette photo n'a pas été prises dans les Alpes du Sud mais sur le plateau des Glières au milieu du mois de février 2011. Comme le fart de retenue compatible avec la colle des peaux est moins performant que les écailles sur de la neige transformée, les semelles des skis sont revêtues de leurs habits de mohair. - (Photo Laurent Cacheux)

A la toute fin des années 90, quand le telemark a amorcé un net virage vers des skis plus larges, des chaussures plastiques plus rigides, j'ai été un des premiers à m'en féliciter et à me faire l'apôtre de cette bonne nouvelle.

Le ski talon libre devenait plus facile et plus accessible... les skis de "freeride" de l'époque étaient les 4x4 Vertical, les Völkl Cross-Carver, des planches qui feraient aujourd'hui figure de talons aiguilles face aux patins monstrueusement larges proposés sur le marché des skis de randonnée.

Les skis de randonnées nordique modernes ont les mêmes lignes de côte que ces vénérables ancêtres. Une largeur autour de 70 millimètres au patin semble être un minimum pour que le ski soit plaisant en toutes neiges et reste assez léger pour la marche, le pas alternatif, voire un petit peu de skating sur une courte distance. c'est d'ailleurs ce que disait le pape américain du telemark, maître Paul Parker, dans son livre "Free-Heel Skiing".

Le regain d'interêt pour le telemark léger s'est fait sentir aux USA
Les américains sont après Sondre Norheim, les inventeurs de la randonnée le talon libre. Le retour d'un ski libre ou "backcountry" semble être annoncé chez eux. Un peu comme le vent nouveau qui souffle sur la randonnée nordique en France.

Cet hiver 2010-2011, l'enneigement est pour l'instant meilleur dans les forêts et les plateaux autour de 1400 mètres d'altitude que sur les sommets ou arêtes. Sur ce type de terrain, avant d'aller chercher une pente sur laquelle on puisse signer quelques virages, il faut marcher sur du plat. On se retrouve sur des reliefs semblables à ceux du plateau des Glières entre Thônes et la Roche-sur-Foron en Haute-Savoie, ou ceux de la Dôle, entre les Rousses et le col de la Faucille.

S'il faut affronter du plat, ou une alternance de courtes montées et descentes, un équipement léger s'impose. Avoir des écailles ou du fart de retenue sous les pieds n'est pas stupide, car cela permet de progresser avec beaucoup plus de glisse qu'avec des peaux de phoque, véritables aérofreins ou inverseurs de poussée des neiges.

Par contre, dès que l'on rencontrera une montée raide et suffisamment longue, on pourra mettre les peaux y compris sur le fart de retenue, à conditions de ne pas avoir mis de klister ou certains farts agressifs pour la colle des peaux.

J'ai longtemps été opposé aux écailles, que je trouvais souvent peu efficaces, sauf sur de la neige transformée où l'on peut quasiment grimper aux arbres.

J'ai eu l'occasion d'essayer une paire de skis Madshus Epoch avec des écailles. Avec l'ami qui m'accompagnait ce jour là, nous avons ajouté un peu de fart Swix rouge, ce qui a eu pour conséquence d'apporter une bonne accroche avec une température extérieure autour de 2 degrés.

Auparavant, les skis à écailles, au-delà de leur capacité d'accroche moins performante que celle des skis avec du fart de retenue, me paraissaient surtout peu efficaces à la descente.

En réalité, les skis auxquels j'avais eu affaire étaient simplement trop cambrés et destinés surtout à de la marche sur le plat, même si leurs fabricants leur attribuaient de bonnes capacités à virer.

Là, ces Madshus Epoch, avec un cambre alpin, ont su me conquérir et m'ont permis de remonter plusieurs fois un pré aux conditions de neige sympathiques dont il fallait profiter sans attendre.

Madshus Epoch, des skis très caractéristiques du retour du telemark léger
Ces skis de telemark léger ou de randonnée nordique moderne ont des lignes de côte polyvalentes : 99-68-84mm, un bon noyau bois et restent légers ( 2530g/185cm). Le choix de longueurs (de 165 à 195 cm par 10 cm) permettra à chacun de trouver son bonheur et même courts, ils restent performants. J'ai essayé des 175 cm alors que je pèse 90 kg.

A la descente, j'ai tout d'abord skié tranquillement, comme sur la petite vidéo ci-dessous. Puis j'ai appuyé plus fort sur ces jolies planches dociles, agréables et confortables. J'ai ensuite pu oser de beaux virages telemark "carvés".

Il existent donc maintenant des skis faciles et légers pour parcourir ces terrains sauvages délaissés par les randonneurs alpins et s'ouvrir de très nombreuses possibilités de sorties à la journées ou d'aventureuses traversées.

La polyvalence du telemark est enfin retrouvée. Nous avons des skis pour marcher, glisser, monter et descendre; du "kick and glide" comme le caractérisent les amateurs américains de telemark.

Et pour les chaussures : que choisir?

Chaussures pour le telemark léger
Ces deux chaussures permettront aussi bien de descendre que de marcher. Elles demanderont moins d'entretien que des chaussures en cuir, mais ces dernières gardent des inconditionnels dont je suis, sans doute parce que je suis très attaché à l'aspect et à la qualité de très beaux produits sortis des mains expertes des cordonniers de Montebelluna. J'ai une relation quasi-passionnelle avec mes chaussures en cuir que je nettoie et masse soigneusement après chaque sortie. Cela ressemble à des gestes amoureux.

Personnellement, je redécouvre les joies du cuir, cette seconde peau précise et durable mais qui demande beaucoup de soins, d'entretien et d'attention. J'adore la flexion naturelle du cuir qui me permet de virer avec douceur, mais j'ai la chance d'avoir un modèle de chaussures très précises... peut-être un peu lourd mais la différence de poids pourrait facilement être compensé en remplaçant le chausson d'origine par un chausson thermo-formé.

Sinon, il existe sur le marché 2 modèles de chaussures pour le telemark léger : la Garmont Excursion et la Scarpa T4. Chacun pourra ainsi trouver chaussant à son pied. On peut très bien virer en telemark avec des chaussures plus basses. quant aux fixations, des Voilé 3 pins ou 3 pins Hardwire sont idéales; de mon côté, j'utilise de bonnes vieilles Riva de Rottefella, hélas difficiles à trouver aujourd'hui.

Pour les bâtons, je choisis en fonction des itinéraires : si je dois beaucoup propulser, je prends des bâtons de ski de fond qui ne me gênent absolument pas à la descente (même s'ils arrivent à la hauteur de mes aisselles) et si le terrain est plus alpin, ou la neige très profonde, je prends des bâtons classiques avec de grosses rondelles.

Je ne pouvais pas, dans ce billet, ne pas citer un vieil et excellent article d'Anselme Baud sur la longue marche du telemark. Ce grand connaisseur du ski a su trouver les mots justes sur le telemark léger. Le renouveau actuel du ski de randonnée nordique lui donne raison.

d et le telemark léger
Anselme Baud, guide bien connu, pionnier du ski extrême et du telemark en France s'est interessé au telemark léger et à ses nombreuses possibilités.

Dans les années 1970, le ski de fond a connu un fort engouement dans toutes les stations de sports d’hiver, y compris les stations d’altitude. Il me semble qu’il y a 15 ans, le fondeur était équipé de chaussures convenables pour lutter contre le froid, et marcher un peu éventuellement, ces chaussures maintenant également le pied. Actuellement l’équipement en question ne correspond plus à l’aspiration d’une partie des fondeurs : ceux qui pratiquent cette discipline pour la promenade skis aux pieds, en forêt, avec comme motivation principale l’accès à la nature pas trop aseptisée. De par l’évolution technologique des équipements (skis et chaussures), les fondeurs sont condamnés à suivre les pistes tracées par les machines et en tout cas ne peuvent pratiquement plus marcher dans la neige sans déraper et se mouiller les pieds. Depuis quelques années je pense à un équipement adapté avec des skis à peine plus larges et plus courts que ceux de télémark, des fixations (du genre câble) aux deux positions : montée et descente télémark ou descente technique classique du ski alpin. Les chaussures étant celles de la marche (ou d’alpinisme) en cuir ou plastique avec une semelle vibram normale. ll s’agit d'allier les convenances techniques, l’utilité et le confort. Les Américains |’ont compris. lls sont nombreux à pratiquer le télémark sous une forme pratique. Leur but est de parcourir à ski leurs montagnes souvent moins escarpées et pentues que les Alpes. Pour moi, le ski de fond restera dans son contexte mais surtout là où le relief convient parfaitement (le Jura, Vosges, etc.) ; par contre dans les reliefs plus accidentés, le télémark sera plus approprié. Je suis persuadé que cette forme de ski satisfera un certain pourcentage de skieurs: les nouveaux débutants, les anciens skieurs fatigués des pistes, les randonneurs, les fondeurs découvrant cette nouvelle technique de télémark et évidemment les réels « télémarkeurs ». Certains professionnels seront motivés par le fait de pouvoir partager ce nouvel enthousiasme avec leurs élèves; ces derniers découvriraient une montagne plus authentique et vivraient mieux leur séjour en station.

Extrait de l'article d'Anselme Baud : La longue marche du telemark

Voilà, il ne vous reste plus qu'à essayer un jour ce ski talon libre qui passe sur tous les terrains, du plateau jusqu'au petit couloir secret... seul le niveau du skieur et ses envies fixeront les limites de ce jeu auquel j'ai personnellement pris goût et beaucoup de plaisir cet hiver.

Ces nouveaux skis avec écailles, mais performants à la descente, offrent de nouveaux horizons. Je suis impatient de tester les Annum sur différents terrains car je pense que ces skis légers correspondent parfaitement à une pratique préalpine du telemark et à du ski de randonnée nordique ludique. J'ai sans doute rangé mes skis lourds pour longtemps, sauf peut-être pour des sessions de gros freeride, et encore... car je préfère l'odeur et le calme des profondes forêts préalpines aux câbles des remontées mécaniques.

 Telemark léger sur le plateau des Glières
Des terrains variés comme le plateau des Glières peuvent être parcourus dans un tout autre état d'esprit en mélangeant joies de la marche, du pas alternatif et de la descente... et il y a beaucoup de terrains de jeu de ce type à redécouvrir dans le Jura ou ailleurs.- y compris les hivers peu enneigés. (Photo Laurent Cacheux)

Pour terminer, voici quelques liens utiles :

  • Le site Ski de randonnée nordique, dédié à cette activité en plein renouveau. J'y suis présent avec le pseudo talonlibre.
  • Le site du guide Lionel Condemine, animateur de bons moments dédiés au telemark sous toutes ses formes et qui connaît bien le sujet.
  • Le site de Sancho, Evasions Nordique, qui pourra vous faire découvrir les joies du ski talon libre léger avec du matériel performant, comme celui dont j'ai parlé dans ce billet.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *